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« Angle mort critique des polices d’assurance » – il est temps d’aller au-delà du simple remplacement d’actifs

Armand Lans, de FDR Risk, prévient que l'assurance bateau doit abandonner le remplacement à l'identique.

Un manque de conformité risque de compromettre les objectifs européens en matière de transport maritime écologique, écrit Armand Lans de FDR Risk (photo ci-dessus). Courtier senior au sein d'un cabinet de conseil en assurance maritime, M. Lans prévient que le remplacement « conforme » peut tripler les coûts.

Alors que les autorités européennes accélèrent leurs efforts de décarbonation, un défi caché émerge : des polices d'assurance obsolètes qui ne reflètent pas les réalités de la transition énergétique et constituent une menace sérieuse pour les armateurs et les exploitants de navires.

Partout en Europe, des milliers de propriétaires et d'exploitants de navires de navigation intérieure subissent une pression croissante pour atteindre les objectifs climatiques ambitieux de l'UE. Des réglementations telles que la directive sur les énergies renouvelables (RED II) et le règlement FuelEU Maritime contraignent les exploitants à abandonner progressivement les moteurs à combustibles fossiles au profit d'alternatives plus propres et à faibles émissions.

Sur le papier, ces mesures visent à récompenser les pionniers et à aligner le transport fluvial sur l'objectif de neutralité carbone de l'UE pour 2050. En pratique, cependant, elles ont mis en lumière une lacune politique majeure : l'assurance maritime n'a tout simplement pas suivi le rythme.

Le remplacement à l'identique ne fonctionne pas pour le remplacement « conforme ».

La plupart des contrats d'assurance maritime actuels reposent sur le principe du remplacement à l'identique. Par exemple, si un moteur est irréparable, l'assureur prend en charge son remplacement par un modèle équivalent. Or, la notion d'« équivalence » a évolué avec la législation européenne. Le moteur de remplacement conforme n'est plus un moteur diesel, mais un système plus propre, plus coûteux et souvent plus complexe. L'écart de prix et les exigences en matière de configuration du navire peuvent être considérables.

Par exemple, une barge fluviale passant d'un moteur diesel marin à un moteur compatible avec l'ammoniac doit également investir dans de nouveaux réservoirs de carburant et des systèmes de sécurité, car la plus faible densité énergétique de l'ammoniac exige un volume de stockage plus important. Cet espace a un coût, souvent au détriment de la capacité de chargement. Le propriétaire doit donc faire face non seulement à des coûts de remplacement plus élevés, mais aussi à un potentiel de gains réduit. Or, aucun de ces facteurs n'est pris en compte dans les structures d'assurance actuelles, qui calculent encore les indemnisations sur la base de technologies obsolètes.

Il ne s'agit pas d'une hypothèse, mais d'une réalité imminente pour de nombreux exploitants. Selon l'âge et la conception du navire, le remplacement d'un moteur ancien par un moteur conforme peut doubler, voire tripler, le coût total.

Sans une couverture actualisée, les propriétaires risquent l'insolvabilité après une seule panne catastrophique, ironiquement, à un moment où la politique climatique de l'UE exige leur participation continue au système de transport.

Les autorités de réglementation exigent des navires plus propres, les assureurs peinent à suivre l'évolution des politiques et les financiers hésitent à assurer la continuité de leur participation au système de transport, ce qui aboutit à une impasse. Le risque est qu'une panne moteur déclenche une réaction en chaîne de faillites chez les petits opérateurs, érodant la confiance dans le secteur même que l'UE vise à décarboner.

La complexité du contexte réglementaire actuel exige un retour à une souscription consultative et centrée sur l'humain.

Remplacez les listes de contrôle par une couverture flexible

Au lieu de s'appuyer sur des listes de contrôle rigides, les assureurs doivent dialoguer directement avec les armateurs, les ingénieurs et les organismes de réglementation afin de concevoir une couverture flexible qui tienne compte des difficultés concrètes et des coûts de transition. Cela inclut des provisions pour les immobilisations liées aux travaux de modernisation, les mises à niveau des systèmes de carburant et les pertes de revenus potentielles lors des travaux de mise en conformité.

Certains courtiers visionnaires adoptent déjà cette approche, estimant qu'aucun risque ne devrait être considéré comme « non assurable » avant d'avoir fait l'objet d'une évaluation complète. Leur démarche proactive ouvre la voie à des modèles d'assurance qui valorisent la durabilité au lieu de la pénaliser.

Réformer l'assurance maritime ne se résume pas à mettre à jour les documents administratifs, il s'agit de préserver la résilience de l'écosystème logistique européen.

Les voies navigables intérieures transportent une part importante du fret de l'UE, des matières premières en vrac aux matériaux essentiels. Si les petits opérateurs sont contraints de cesser leurs activités en raison de risques financiers ingérables, le fret se reportera inévitablement sur la route, entraînant une hausse des émissions, des embouteillages et des coûts.

Un cadre d'assurance moderne doit dépasser le simple remplacement des actifs pour englober l'ensemble du cycle de vie des risques, en incluant les mises à niveau réglementaires, les immobilisations liées aux transitions et les avantages à long terme en matière d'émissions. Des produits modulaires, dont les primes sont ajustées en fonction du type de carburant du navire ou de la réduction des émissions de carbone vérifiée, pourraient constituer une solution viable.

Il est essentiel que les organismes de réglementation, les financiers et les assureurs s'accordent sur des lignes directrices claires pour la transition vers une couverture des navires à faibles émissions.

La transition énergétique définit un test déterminant pour l'assurance maritime

Le rôle fondamental des assureurs maritimes est d'anticiper et de gérer les risques. Or, aucun risque collectif et existentiel n'est plus grand que le changement climatique lui-même. En s'adaptant à cette transition, les assureurs peuvent devenir des catalyseurs d'innovation plutôt que des freins. La transition énergétique représente un test décisif pour le secteur ; il est donc essentiel que celui-ci agisse et le réussisse avec brio.

À juste titre, l'impératif de l'UE est clair : la transition vers une énergie propre est non négociable. Le secteur des assurances doit se montrer tout aussi déterminé : cette transition est assurable. Ce n'est qu'en comblant le fossé entre les politiques et la protection que l'Europe pourra garantir la pérennité de sa flotte de navigation intérieure.

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