Vendée Globe : les défis atlantiques persistent pour les skippers lors de la dernière semaine
La flotte du Vendée Globe reste engagée dans une série de défis stratégiques et physiques dans l'Atlantique alors que la course autour du monde en solitaire et sans escale entre dans sa phase finale.
Les dirigeants Charlie Dalin (MACIF Santé Prévoyance) et Yoann Richomme (Paprec Arkéa) naviguent dans l’Atlantique Sud avec un œil sur la ligne d’arrivée, qui est maintenant dans une semaine pour les favorisDalin détient actuellement 115 milles d'avance sur Richomme, mais avec le caractère imprévisible de cette phase de la course, l'issue reste incertaine.
Les deux skippers sont conscients des difficultés historiques que l'on rencontre souvent dans les dernières étapes du Vendée Globe. Richomme a continué à attaquer fort, profitant des petites variations de conditions pour conserver sa position.
Plus loin dans la flotte, la compétition pour la quatrième à la dixième place est devenue de plus en plus complexe, avec plusieurs skippers adoptant des itinéraires différents dans l'Atlantique Sud. Jérémie Beyou (Charal), Sam Goodchild (Vulnérable) et Boris Herrmann (Malizia-Explorateur de la mer) ont choisi de rester plus près de la ligne de rhumb, obtenant des avantages à court terme mais confrontés potentiellement à des défis pour atteindre les alizés du sud-est. En revanche, Nico Lunven (Holcim PRB) et Paul Meilhat (Biotherm) ont opté pour une route plus à l'est, cherchant à éviter les vents légers associés à une crête de haute pression.

« Ce n’est pas facile », dit Lunven
Lunven décrit la traversée de l’Atlantique Sud comme l’un des segments les plus exigeants de la course. « Cette remontée de l’Atlantique Sud n’est pas simple, explique-t-il. Je la connaissais pour l’avoir déjà effectuée sur la Volvo Ocean Race ou comme routeur à terre pour Armel Le Cléac’h l’hiver dernier. C’est une partie compliquée en termes de météo, on a des conditions très instables, beaucoup de tempêtes – je n’en ai pas encore eu de trop violentes, mais quand même des grains très perturbateurs. »
Aux difficultés de Lunven s'ajoutent les difficultés techniques à bord de son navire. « Il y a trois jours, mon mât a été arraché, ainsi que les antennes et les câbles. Cela signifie qu'il doit naviguer uniquement en mode compas », explique-t-il. Malgré le déploiement d'une antenne de rechange, le système est moins efficace et il doit gérer les réglages manuellement.
Il note également l’impact physique de ces défis. « Dès qu’il y a un peu de stabilité, j’en profite pour aller dormir, en mettant des alarmes partout pour pouvoir me réveiller rapidement si le bateau ralentit. Quand on barre manuellement comme ça, cela demande un investissement important en temps et en énergie, et cela réduit le temps que je passerais autrement à analyser la météo ou à me reposer. »
Malgré ces difficultés, Lunven reste optimiste quant à son choix stratégique. « J’ai opté pour une option Est, on verra comment ça se passe. Pour l’instant, je ne suis pas mécontent de mon option dans le sens où j’ai réussi à ne pas m’arrêter par temps calme. J’ai toujours eu du vent pour avancer », explique-t-il.
Il souligne également les défis posés par le front semi-permanent qui traverse l’Atlantique Sud. « Ce n’est pas comme les fronts évolutifs liés aux dépressions que nous connaissons en Europe occidentale. Ici, le long de ce front, des dépressions se forment sur le continent sud-américain et traversent l’Atlantique Sud. Le choix est soit une route directe près des côtes, plus courte mais souvent moins ventée, soit une route au large, plus longue mais offrant une zone plus étroite et potentiellement plus facile à traverser. »
Lunven reste toutefois prudent. « Pour l’instant, je suis content du vent que j’ai, mais les prochains jours nous diront si c’était la bonne décision. J’espère bientôt atteindre les alizés et me diriger vers le nord en direction du Pot au Noir. »

Les batailles au milieu de la flotte s'intensifient
Derrière le peloton de tête, les skippers naviguent chacun dans leurs propres dilemmes stratégiques. Benjamin Dutreux (Guyot Environnement) s'est alignée sur l'option orientale, tandis que Clarisse Crémer (L'Occitane en Provence) semble privilégier la route côtière. Sam Davies (Initiatives Cœur), actuellement dans des vents plus légers, fait face à la pression du vétéran Jean Le Cam (Tout commence en Finistère-Armor Lux), qui a réalisé des progrès significatifs depuis le passage du Cap Horn.
Parmi le groupe suivant de skippers, Benjamin Ferré (Duo Monnoyeur pour un job) est en passe de contourner le Cap Horn, tandis que le marin néo-zélandais Conrad Colman (Mme Amlin) a grimpé à la 22e place après une ascension fulgurante dans le classement.
Colman revient sur son expérience après deux mois en mer. « Je suis un peu jaloux que les leaders soient de retour chez eux dans quelques jours et puissent récupérer leurs enfants à l’école. Pour moi, la compétition est intense et passionnante. Je pense que deux mois en mer sans concurrents directs auraient été beaucoup plus difficiles, c’est du bon sport ! »
Marge d'amélioration
Le skipper chinois Jingkun Xu continue d’apprendre de la course et reste positif malgré les difficultés physiques et la solitude. « Deux mois en mer et je commence à me sentir fatigué, surtout avec ma blessure à l’épaule », admet Xu. « Moralement, j’ai apprécié la navigation et je suis resté positif, mais ma famille et les fruits frais me manquent ! »
Il reconnaît que le Vendée Globe a été une expérience formatrice. « Je pensais que ce serait extrêmement difficile, mais je me suis surpris. Je sens que je peux encore progresser à l’avenir, j’ai une marge de progression. »
Avec Dalin et Richomme en tête et le reste de la flotte confrontée à des conditions complexes et à des choix tactiques, les dernières semaines du Vendée Globe promettent d'être passionnantes. Pour les premiers, le golfe de Gascogne se profile à l'horizon, tandis que d'autres, plus en retrait, se préparent à franchir le cap Horn et à affronter le sprint final de l'Atlantique.
La semaine dernière, Le tenant du titre Yannick Bestaven a annoncé son retrait de la course après avoir subi une avarie impossible à réparer en mer. La nouvelle est arrivée deux semaines après que Pip Hare, « dévastée », ait abandonné sa course au Vendée Globe lorsque son mât s'est brisé en deux morceaux.




